dimanche 16 avril 2017

De la maltraitance en milieu « civilisé »

Marielle Durand pour Encrages


Ce mercredi 12 avril, un Erythréen présent depuis plusieurs mois rue Pajol, dans le XVIIIème arrondissement de Paris, s'est tranché la gorge. Avec les moyens du bord : une bouteille cassée.
Il a été hospitalisé en urgence à l'hôpital Lariboisière, grâce à l’intervention d’un riverain.
Il dormait à la rue, comme tant d’autres, sans plus rien attendre des services de l’Etat.
C’est avec une infinie tristesse que nous accueillons cette sinistre nouvelle.
Mais surtout avec une grande colère.
Car, nous ne pouvons accepter que ce drame puisse se ranger dans l'indifférence générale dans la liste des faits divers que connaît quotidiennement la ville que nous habitons, Paris.
Dans le quartier de la Chapelle, à travers les petits déjeuners que nous distribuons, à travers des discussions impromptues au coin d’une rue, à travers des échanges que nous avons entre riverains, mais aussi avec des professionnels qui y travaillent, nous sommes témoins des conditions de vie délétères de nombre de migrants.
Ceux-ci vivent aujourd’hui (et, ce n’est malheureusement pas une nouveauté)
une maltraitance administrative qui, de par les délais de traitement des dossiers, de par la saturation des structures, de par l’arbitraire qui préside, donne le sentiment d’avoir avant tout pour but de semer le désespoir et la confusion. Et que dire des mineurs, souvent à la rue, si souvent éconduits par les services administratifs, et qui n’arrivent pas à se formuler de projet, dans un pays qui leur semble désormais inhospitalier…
Ainsi, mais c’est peut-être le but non avoué de notre Etat, plusieurs personnes, menacées gravement dans leur pays, nous manifestent leur souhait (désabusé) de rentrer chez elles, découragées, désorientées. Ou d’aller chercher refuge ailleurs, dans un autre pays, alors qu’elles sont épuisées et sans plus d’économies.
D’autres nous confient leur égarement dans les méandres de notre administration.
D’autres encore sont renvoyées, sans état d’âme, après passage en centre de rétention, via la Norvège ou la Hongrie, si nécessaire.
Après des voyages très souvent pénibles et douleureux, l’arrivée dans notre pays, plutôt que de signer un apaisement, accentue les blessures, les humiliations et les incompréhensions face à un Etat qui terrorise et criminalise.
Car c’est bien de la responsabilité de l’Etat qu’il s’agit.
Nous avons rencontré nombre d’élus du XVIIIème, du XIXème, du Xème, de la Mairie de Paris, des responsables de maraudes, des acteurs associatifs, des membres d’ONG et nous sommes, quoi qu’il en soit, confrontés au même constat : l’Etat français « bloque ».
Les hébergements sont nettement insuffisants. Ceux qui existent sont souvent inadaptés, voire carrément indignes ! Les obstacles se multiplient. Les procédures sont nébuleuses et varient selon les régions de France.
L’Etat ne veut pas se donner les moyens de parvenir à répondre à minima aux attentes de personnes qui demandent refuge. Et il n’est même pas question d’une politique audacieuse ! En revanche, il sait se donner les moyens pour contraindre, empêcher, réprimer, faire disparaître !
C’est cette violence d’Etat que nous nous prenons en plein visage tous les jours, autour d’un café ou d’un thé, face à nos semblables, exilés, quand nous ne pouvons rien répondre à une question simple (parmi d’autres) : « House ? » Ou encore : « Papers ? »
C’est cette violence qui nous étreint quand nous essayons de penser comment nous allons pouvoir, avec eux, envisager l‘avenir autrement qu’avec la rage aux lèvres et les poings serrés dans les poches.

Quartiers Solidaires, P'tit Dej' à FlandreEncrages