jeudi 23 mars 2017

Lettre ouverte en réponse à l'annonce d'une interdiction

A l'attention de la Mairie du XVIIIe arrondissement, de la Mairie de Paris et du Conseil Régional d'Ile-de-France


Faire de la place

Repousser, parquer aux frontières, sur le périph ou dans des centres de rétention n’est pas une manière d’avancer vers un avenir digne de ce nom. C’est forts de cette conviction que nous réagissons à la décision annoncée par la mairie du XVIIIe, le 13 mars 2017, de demander l’interdiction des distributions solidaires et conviviales de boissons chaudes et de nourriture dans l’espace public de notre arrondissement.

Alors que des arrêtés interdisant la distribution de repas aux migrants pris par la mairie de Calais viennent d’être annulés mercredi 22 mars, par le tribunal administratif de Lille, la solution prônée d’une distribution « institutionnelle » loin des habitations, et vraisemblablement proche du périphérique, exprime clairement la volonté de soustraire aux yeux des habitants l’existence de ce public empêché d’accéder à ses droits, notamment par la lenteur et la complexité des procédures administratives. Elle annonce la même démarche utilitariste et aveugle qui caractérise le camp dit humanitaire de la mairie de Paris, dont le côté obscur et rédhibitoire à un accueil inconditionnel des personnes exilées a été récemment dénoncé par La Cimade.

L’activité de ce camp depuis quelques mois prouve à qui veut voir qu’il n’a pas empêché, et qu’il n’empêchera pas, les campements dans les rues, et que son fonctionnement a même pour effet de prolonger la durée de l’errance pour certains. Alors les « migrants » font ce à quoi ce substantif les réduit : ils « migrent », ils se déplacent là où ils peuvent trouver une écoute et un réconfort, essentiellement auprès des gens parlant leur langue, c’est-à-dire leurs compatriotes et d’autres prêts à faire l’effort de comprendre la singularité de leur situation. Ce n’est pas une distribution de petits déjeuners à quinze minutes à pieds qui va empêcher cette circulation et encore moins résoudre les problèmes dont les quartiers Pajol-La Chapelle, Stalingrad et Porte de la Chapelle sont les points névralgiques. Si nous intervenons par solidarité dans ces quartiers depuis des mois, c’est bien parce que les personnes qui ont besoin d’un premier relais en France y sont. Nous ne les « fixons » pas dans la rue ; elles sont là car abandonnées par les services de l’Etat qui peinent à prendre en compte la complexité des situations.

Pas de sortie simple de cette impasse

Notre action a permis de nouer un échange entre riverains, commerçants, réfugiés, services sociaux de la mairie de Paris et services de la propreté. Nous intervenons directement pour maintenir une dignité minime pour tous : pour des réfugiés qui ne savent pas où aller pour se laver, se reposer etc. ; pour des parents qui tentent de concilier leur rôle avec les situations de vie auxquelles ils exposent leurs enfants ; pour des habitants qui refusent d’accepter dans l’indifférence les situations intolérables dans lesquelles d’autres êtres humains sont laissés, au seuil de leurs habitations ; pour des commerçants qui subissent l’effet des regroupements devant leurs vitrines (saletés, bruits etc).

Dans un contexte de méfiance généralisée, nous essayons par la régularité de notre action de créer une interface, sans ignorer la nécessité d’orienter les plus exposés vers des services capables de proposer l’accompagnement psychologique et administratif qui leur permettra d’entamer un processus adapté à leur situation.

Or nous n’avons été consulté par la mairie du XVIIIème qu’une seule fois depuis le début de nos actions, en janvier 2017. C’est dire à quel point cette équipe municipale agit sans relais dans le quartier et, par conséquent, sans connaissance approfondie et vécue de la diversité des situations.

Procéder à une interdiction revient à se couper des ressources locales nécessaires pour avancer ensemble vers des solutions pérennes dans cette frange du XVIIIe arrondissement dont nous ne nions en aucun cas les difficultés. C’est agir de manière régalienne, en proposant une sortie simple. Or nous savons tous qu’il n’y a pas de sortie simple.

Contrairement à la mairie du XVIIIe arrondissement, nous ne renonçons pas à ce que les places publiques de nos quartiers soient des carrefours là où l’obstination à ne pas mesurer l’ampleur de l’enjeu en fait des impasses. C’est pour cette raison que nous souhaitons que la rencontre annoncée par la mairie du XVIIIe ce vendredi 24 mars soit constructive et solidaire afin de développer des solutions pour soutenir les personnes « dans la migration » qui ne trouvent pour l’instant d’autres options en France que la rue. En tant qu’habitants du XVIIIe arrondissement nous refusons toutefois de servir de caution à des décisions injustes visant à invisibiliser et à rejeter cette population - à l'instar de l'enlèvement odieux, mercredi 22 mars, du banc situé sur la place au croisement des rues Pajol et Philippe de Girard qui symbolise à lui seul le mépris de la mairie envers ces personnes fragilisées habituées à fréquenter ce lieu.


Associations 
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