mardi 24 janvier 2017

Faire de la place


Enfant, je rêvais de voyages quand je tournais dans le supermarché avec mon père, coincée dans le chariot entourée de boîtes de conserve. Depuis quelques temps le vieux chariot en métal est devenu de nouveau un étrange vaisseau pour aller à la rencontre du monde. Avec lui on va de l’école du quartier, lieu de rassemblement et de coordination, à la petite place à quelques pas, lieu de distribution et d’échange. On prend avec nous le stricte nécessaire : pain, thé, café, lait, sucre, de quoi tartiner… Parfois on récolte des fruits, des paquets de biscuits, des gâteaux, des paquets de mouchoirs en papier car les personnes avec qui on partage nos provisions sont dépourvues de tout, ou à peu près. Elles sont venues de très loin, elles ont enduré des épreuves à chaque étape, et elles dorment très souvent dans la rue, ou viennent de foyers et de centres où il n’y a rien à manger, ou d’abris d’urgence où il faut se lever très tôt pour quitter les lieux. Pour elles, un paquet de mouchoirs est le moyen de garder sa dignité, et l’eau chaude qu’on prend avec nous pour faire le thé sert aussi à se laver le visage avec un mouchoir.

On grillage l’espace public, on ouvre des camps « humanitaires » à la périphérie de la ville : la transformation de l’infrastructure de nos vies nous laisse pantois ; on patauge, on grappille. Prendre de la hauteur n’a plus de sens, et ceux qui s’y placent à coups de discours bienveillants et de postures de dirigeants nous semblent bien petits dans leurs sphères célestes. Alors on y va, avec le chariot, et à chaque petit périple ensemble, le quartier s’ouvre à nous, révèle ses capacités, déclare sa détermination à faire de la place. A faire de cette petite place où trois rue se croisent, et le monde se réunit, une occasion.


Vous pouvez nous rejoindre. Le départ a lieu vers 8.30, de la rue Pajol vers la rue du Département. Vous pouvez aussi nous déposer quelques provisions, et si vous ne pouvez pas venir jusque là vous pouvez également contribuer financièrement. Nous avons besoin parfois de renouveler les stocks, d’acheter un minimum. Et puis on aimerait que cette aventure réunisse de plus en plus de gens, dans le quartier et dans l’espace. Notre vaisseau peut aller aussi loin que nous voulons, alors soyez du voyage parce que c’est à nous d’inventer de nouveaux mondes, plus dignes, plus justes, plus vifs.

Anna Louise Milne

la Cagnotte Café Solidaire : https://www.tilt.com/tilts/cafe-solidaire-pajol
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