samedi 28 janvier 2017

A LA CHAPELLE - Et voilà que ça recommence ! (ou que ça continue...).

APRES LES ENLEVEMENTS DE COUVERTURES, UNE RAFLE DEVANT NOS ENFANTS !

Ce vendredi 27 janvier vers 8 H 15, les enfants arrivant comme chaque matin à l'école Pajol, ont assisté à un bien triste spectacle: des policiers, nombreux, lourdement équipés pour certains d'entre eux, ont embarqué quelques réfugiés qui avaient trouvé abri sur le trottoir en face de l’école, le tout devant le regard sidéré de nos enfants.

Interrogés par des passants et des parents d’élèves sur la destination du fourgon, les policiers ont répondu : «on va leur donner à manger et des papiers!»<;

D'autres groupes de migrants présents dans la rue n'ont pas été emmené ni même approché, ce qui laisse à penser qu'il ne s'agit pas d'une opération de «mise à l'abri» mais bien d'une interpellation. D'autant que nous avons, depuis, appris que la destination était non pas un centre d'hébergement mais bel et bien un commissariat.

Au-delà de l'incompréhension soulevée par l'absence de réponse politique à cette situation qui dure depuis maintenant plusieurs années et du caractère inadmissible de cette stratégie de harcèlement dont font l'objet les migrants dormant dans nos rues, il est insupportable que de telles opérations aient lieu, encore plus, devant une école à l'heure de l'accueil des enfants.

Quelles explications leur donner, eux qui jusque là étaient chaque matin plutôt les témoins de la solidarité dont certains parents et riverains font preuve lors de la distribution quotidienne de petits déjeuners ?


Benoît Lochon
Parent d'élève de l’École Pajol
Président de l'association "Quartiers Solidaires"

mardi 24 janvier 2017

Faire de la place


Enfant, je rêvais de voyages quand je tournais dans le supermarché avec mon père, coincée dans le chariot entourée de boîtes de conserve. Depuis quelques temps le vieux chariot en métal est devenu de nouveau un étrange vaisseau pour aller à la rencontre du monde. Avec lui on va de l’école du quartier, lieu de rassemblement et de coordination, à la petite place à quelques pas, lieu de distribution et d’échange. On prend avec nous le stricte nécessaire : pain, thé, café, lait, sucre, de quoi tartiner… Parfois on récolte des fruits, des paquets de biscuits, des gâteaux, des paquets de mouchoirs en papier car les personnes avec qui on partage nos provisions sont dépourvues de tout, ou à peu près. Elles sont venues de très loin, elles ont enduré des épreuves à chaque étape, et elles dorment très souvent dans la rue, ou viennent de foyers et de centres où il n’y a rien à manger, ou d’abris d’urgence où il faut se lever très tôt pour quitter les lieux. Pour elles, un paquet de mouchoirs est le moyen de garder sa dignité, et l’eau chaude qu’on prend avec nous pour faire le thé sert aussi à se laver le visage avec un mouchoir.

On grillage l’espace public, on ouvre des camps « humanitaires » à la périphérie de la ville : la transformation de l’infrastructure de nos vies nous laisse pantois ; on patauge, on grappille. Prendre de la hauteur n’a plus de sens, et ceux qui s’y placent à coups de discours bienveillants et de postures de dirigeants nous semblent bien petits dans leurs sphères célestes. Alors on y va, avec le chariot, et à chaque petit périple ensemble, le quartier s’ouvre à nous, révèle ses capacités, déclare sa détermination à faire de la place. A faire de cette petite place où trois rue se croisent, et le monde se réunit, une occasion.


Vous pouvez nous rejoindre. Le départ a lieu vers 8.30, de la rue Pajol vers la rue du Département. Vous pouvez aussi nous déposer quelques provisions, et si vous ne pouvez pas venir jusque là vous pouvez également contribuer financièrement. Nous avons besoin parfois de renouveler les stocks, d’acheter un minimum. Et puis on aimerait que cette aventure réunisse de plus en plus de gens, dans le quartier et dans l’espace. Notre vaisseau peut aller aussi loin que nous voulons, alors soyez du voyage parce que c’est à nous d’inventer de nouveaux mondes, plus dignes, plus justes, plus vifs.

Anna Louise Milne

la Cagnotte Café Solidaire : https://www.tilt.com/tilts/cafe-solidaire-pajol
pour plus d'infos sur les Cafés Solidaires, visiter la rubrique consacrée dans le menu du blog.

lundi 23 janvier 2017

Cagnotte Cafés Solidaires



Chaque matin nous apportons un petit déjeuner aux migrants qui dorment la nuit rue Pajol et alentours. Si nous collectons déjà beaucoup, nous avons aussi besoin d'argent pour du matériel (table, thermos), et des denrées.  Aider nous à continuer en contribuant à notre cagnotte solidaire : https://www.tilt.com/tilts/cafe-solidaire-pajol

Plus d'infos sur l'organisation des Cafés Solidaires sur la page du blog :
http://quartiersolidaires.blogspot.fr/p/cafe-solidaire.html

vendredi 6 janvier 2017


Communiqué de Presse - P'tits Déj' à Flandres / Quartiers Solidaires
6 janvier 2017
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Ce lundi 2 janvier 2017, rue Pajol, dans le 18ème arrondissement de Paris, en plein milieu de l’après-midi, les forces de l’ordre interviennent. Dans cette rue, se tiennent plusieurs dizaines d'exilés qui dorment régulièrement aux alentours, faute d’avoir trouvé autre chose. Ordre leur est donné à tous de se délester de leurs couvertures et duvets, qu'ils doivent donc laisser tomber au sol. Les employés de la Propreté de Paris ramassent toutes ces affaires après le passage de la police et mettent ainsi à la benne des dizaines de sacs de couchage, des couvertures, des couettes. En quelques minutes, une soixantaine de personnes se retrouvent sans rien, alors même que la température chute inexorablement avec la tombée de la nuit. Comme s'il était décidé qu'il fallait les démunir de tout, même de ce dernier rempart contre le froid, la pluie et le vent, faute de pouvoir les faire entrer dans le Centre Humanitaire de La Chapelle. Parmi ces personnes à la rue, certaines ont pourtant essayé plusieurs jours de suite d'y avoir accès, sans succès du fait des files d'attente. Ce sont en effet par centaines qu'ils se retrouvent chaque jour devant le centre, et les nombreux recalés se voient obligés de rejoindre des couchages de fortune installés tout autour, tolérés à l'unique condition qu'ils restent invisibles.

Ce genre d'action est désormais quasi-quotidienne à cet endroit et s'apparente à du harcèlement qui semble avoir pour seul but de faire disparaître les réfugiés de la vue des parisiens. Déjà, le vendredi 30 décembre, le même scénario s'était déroulé, et il s'est reproduit toute la semaine, provoquant toujours les mêmes effets : des êtres humains vulnérables, laissés à la rue, et mis à nu par les forces de l'ordre, rendus plus fragiles encore.

Nous refusons avec vigueur un traitement aussi abominable qu’inhumain fait à des personnes dramatiquement jetées sur les routes de l'exil, épuisées par des milliers de kilomètres parcourus, les souffrances éprouvées, les peurs ressenties, et qui se retrouvent dehors à cause de la saturation du système de prise en charge lié à l'asile. L'effort indéniable fait pour l'accueil de nombreux réfugiés ne peut excuser les insuffisances des dispositifs actuellement mis en place, qui ne sont que l'application par un pays démocratique du Protocole de Genève. Quoi qu'il en soit, rien ne peut justifier la mise en danger volontaire d'une population qui a besoin de protection et demande un refuge qu'elle est en droit d'attendre d'un État et d'une ville.

Nous dénonçons les décisions prises par la Préfecture de police de Paris qui, sous couvert de préserver l'ordre public, bafouent les droits humains élémentaires ainsi que les valeurs de notre devise républicaine. Il est indigne que des fonctionnaires d'État et des agents de la Ville soient enrôlés dans un « sale boulot » quand ce genre de situation dramatique devrait rappeler chacun au devoir de solidarité élémentaire. Nous n'acceptons pas d'être plus longtemps les témoins silencieux de stratégies qui ajoutent la cruauté à l'indifférence dans laquelle les réfugiés sont maintenus depuis des mois.

Le collectif des P'tits Déj' à Flandres réunit près de 170 habitants des quartiers Flandre, Éole et Pajol dans les 18ème et 19ème arrondissement de Paris depuis un an. Il agit pour donner aux réfugiés un petit déjeuner quotidien, pour les informer, les orienter et les mettre en relation avec l’ensemble des acteurs susceptibles de les aider dans leurs démarches. Surtout, chacun de ses membres a à cœur de montrer un visage accueillant à ces populations démunies, découragées, harassées. Son action est entièrement financée par des dons et depuis quelques semaines, il fournit des kits d'hiver incluant couvertures et duvets aux réfugiés qui dorment dehors par des températures négatives. Notre action révèle les carences des systèmes de prise en charge et, plus largement, celles des pouvoirs publics.

L'hostilité et l'inhumanité des actions policières, qui creusent les manques au lieu de les combler, et qui défont les actes d'assistance de personnes solidaires, nous semblent donc incompréhensibles et suscitent notre indignation, notre colère, ainsi que celle de beaucoup de nos concitoyens.
Nous demandons instamment que le harcèlement des réfugiés laissés dans la rue cesse immédiatement que des solutions de mise à l'abri soient trouvées pour toutes les personnes qui le demandent, faute de quoi la non assistance à personne en danger pourrait être invoquée. Enfin, il nous semble impérieux que tout soit mis en œuvre pour que le flux de ceux qui passent par notre pays ou y demandent refuge, notamment à Paris, fasse l'objet de politiques publiques courageuses qui prennent en compte l'ampleur du phénomène et le traitent avec dignité, d'être humain à être humain, pour être à la hauteur de la confiance faite à la France par ceux qui décident de tout quitter pour rejoindre un avenir meilleur.