lundi 1 août 2016

Lettre ouverte à François Hollande

Courrier envoyé le 25 juillet au Président de la République, afin de l’interpeller sur la question des réfugiés et de la gestion catastrophique des camps de migrants, particulièrement dans le 18e.


Monsieur le Président de la République,


Le 22 juillet 2016, un campement de fortune d'exilés a été évacué à Paris, au pied du métro Jaurès, devant les locaux de France terre d'Asile.

Une fois de plus, une fois de trop.

28 évacuations depuis le 2 juin 2015, sans réelle coopération de la mairie ni de la préfecture avec les habitants et les soutiens de nos quartiers populaires et solidaires.

C'est une situation de crise. Une crise qui s'accentue depuis 18 mois, entretenue par l'absence totale d'anticipation quant à l'arrivée de celles et ceux qui fuient guerres, misère et persécutions. Cinquante à cent personnes gagnent Paris chaque jour, sans qu'aucune solution pérenne ne soit proposée.

Monsieur le Président, oui, il y a des campements en plein Paris, avec chaque fois des centaines de personnes, ayant fui la guerre, toutes déjà épuisées par la route de l’exil et qui vivent des semaines durant à même le sol, sous la pluie, sans eau, affamées, dans une situation sanitaire catastrophique. L’État ne protège pas, il met en situation de vulnérabilité.

Sur le terrain, de simples riverains, soutiens, bénévoles, se mobilisent au nom d’un mot, FRATERNITÉ. Un mot gravé sur le fronton de nos mairies et de nos écoles, un mot dont nous refusons qu'il soit vidé de son sens.

Chaque jour, nous assurons nourriture, aide juridique, cours de français, soins, réconfort, avec les moyens du bord, tant bien que mal. C’est beaucoup et bien trop peu. Et nous sommes tous épuisés, abandonnés des pouvoirs publics.

Nous éprouvons tous les jours les limites d'une approche sécuritaire et d'une inhospitalité organisée et gérée. Les grillages posés à chaque évacuation dans le but d'empêcher de nouvelles installations d'abris pour ces hommes et femmes déjà privés de tout, nous empêchent aussi d'exercer notre devoir de solidarité. Au travers des cicatrices laissées dans l’espace public, de ce rétrécissement du bien commun que constituent nos rues, c’est notre ville que nous ne reconnaissons plus.

Monsieur le Président, l’incompréhension n’a jamais été aussi grande... Le fossé entre les citoyens et leurs représentants s’est-il à ce point creusé qu’il paraisse aujourd’hui infranchissable ? Nous appelons à l’aide.

Certes, Madame Hidalgo a annoncé l’ouverture en septembre d’un camp humanitaire qui pourrait constituer un premier lieu d’accueil des migrants, dès leur arrivée à Paris.

En attendant, la police chasse et pourchasse des exilés pourtant victime de l'engorgement des structures administratives. Ils sont condamnés à attendre là, durant des mois un rendez-vous pour l'examen de leur demande d'asile.

En attendant, et malgré un consensus autour de la situation intolérable faite aux migrants, de vives tensions voient le jour au sein de la société civile. A hauteur d'habitants, nous assistons impuissants à la désagrégation du fragile tissu social de nos quartiers.

Nous ne pouvons plus attendre, la mairie et l’État se doivent de proposer des solutions innovantes pour les mois et les années à venir. Il faut anticiper les besoins en ouvrant rapidement des lieux d’accueil, en mobilisant dans un premier temps des ONG internationales, comme nous savons si bien le faire en cas de catastrophe naturelle.

Monsieur le Président, pour répondre à l’urgence de la situation, nous vous proposons de mettre en place une cellule de crise multipartite (migrants, ville, État, ONG / associations / collectifs), où chacun pourrait mettre son expertise au service du bien commun. Les énergies, les talents, les volontés sont là pour que tous ensemble nous puissions travailler à imaginer des solutions pérennes.
Depuis des mois, nous sollicitons et réclamons ce dialogue...

Et chaque jour notre inquiétude grandit. Il est urgent d'apporter une réponse politique et de porter une parole déterminée, ouverte et généreuse. Nous ne doutons pas que le France sera à la hauteur des enjeux présents et à venir autour de la question des flux migratoires, des exilés et du droit d'asile.

Monsieur le Président, détourner le regard de la situation des exilés dans nos quartiers c’est tourner le dos à nos valeurs fondatrices que sont la Liberté, l'Égalité et la Fraternité. Nous le savons chaque jour, à chaque passage dans la rue. Affronter ensemble cette urgence, c’est faire revivre ces valeurs et nous tous, exilés et riverains, avec elles.


Signataires :
Association Quartiers solidaires 
CPSE (Collectif parisien de soutien aux exil-é-e-s)
United migrants
Comité local du MRAP 18ème
Collectif La Veilleuse
BAAM (Bureau d’accompagnement et d’aide aux migrants) Collectif A-S-I-L-E
La Chapelle debout !
Des habitants et riverains des quartiers La Chapelle – Stalingrad
Association « les jardins d’Éole ».




samedi 2 juillet 2016

#1000migrants1000dessins / les dessins..

Comme une nécessité : dessiner !
Raconter par le dessin, comment les migrants, les réfugiés vivent parmi nous. Chaque jour, nos enfants nous demandent, à la maison, à l'école, dans la rue.. : pourquoi ces tentes, pourquoi sont-elles là ? Pourquoi sous la pluie.. pourquoi personne ne fait rien pour aider les migrants ?..

Il nous fallait réagir. Comme parents, comme habitants, comme humains. Nous ne savions pas trouver les mots, on ne sait pas expliquer l’inhumanité. Alors nous avons pensé aux dessins, comme pour nous lier aux migrants et nous redonner une humanité.

Chacun a dessiné ce monde, enfants pour la plupart, parents et riverains, illustrateurs aussi.. pour les migrants, qui ont tant à raconter, mais que personne n’écoute.

Ces dessins sont les témoignages de notre époque, faite de peur, de violence mais aussi d’espoir et d’entre-aide. Ils racontent tous les liens qui se sont tissés et ceux qui manquent encore.

Quartiers Solidaires